• Max Weber

    Avant de partir dans quelques heures pour ix jours de vacances, voici un dernier billet pour l'année 2007 sur la sociologie de Max Weber qui n'intéressera certainement que peu de monde, si ce n'est quelques étudiants en sciences humaines.... Bonnes fêtes à tous et à l'année prochaine.

     

     

     

    On oppose souvent M. Weber (1864-1920) à E. Durkheim (1858-1917). Car si l'un et l'autre ont contribué de la même façon à l'institutionnalisation de la sociologie au sein de l'Université, Durkheim s'inspire des sciences de la nature en traitant des phénomènes sociaux de l'extérieur, comme des entités défaits de l'individu qui les supporte et donc ne fait que les transmettre sans agir dessus, tandis que Weber s'en différencie en tentant de fonder une méthodologie propre à la sociologie, en tournant autour de la notion d'action sociale et d'intention.

    Problème qu'il se pose : Existe t'il des lois sociales ? Sous-entendu est-il possible de prédire les événements historiques à venir ?

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>I.                  Une sociologie de l'action
    <o:p> </o:p>

    Pour Weber, l'objet premier de la sociologie est l'étude des actions sociales. Est action sociale toute action qui engage un échange entre au moins deux personnes. Par exemple, ouvrir une porte pour sortir n'est qu'une simple action non sociale. En revanche ouvrir une porte à quelqu'un qui frappe participe d'une action sociale car il y a dès lors interaction entre les participants. En réalité, toute action sociale est une interaction plus ou moins explicite. Manger seul est une action. Manger face à quelqu'un en prenant soin de ne pas faire de bruit est du domaine de l'action sociale, car d'une manière plus ou moins consciente, plus ou moins explicite, il y a volonté d'agir par rapport à autrui.

    Dans cette acception, toute action sociale renvoie à une interaction et donc suscite une réponse adaptée (remercier d'avoir ouvert, faire soi-même l'effort de ne pas faire de bruit, etc.).

    Le travail du sociologue consiste donc à relever ses diverses actions et à les interpréter. Le sociologue doit étudier des interactions. Toute analyse sociologique repose donc sur un modèle particulier d'acteur et d'actions humaines engagées. A ce titre, on peut considérer Weber comme le premier sociologue interactionniste.

    <o:p> </o:p>- La sociologie est la science qui étudie l'activité sociale
    <o:p> </o:p>

    ► Une activité est un comportement humain qui a un sens pour celui qui le produit (un réflexe n'est pas une activité)

    ► Une activité sociale est une activité qui met en relation au moins deux personnes et qui est sensée se rapporter au comportement d'autrui (avoir un accident de voiture avec quelqu'un n'est pas une activité sociale car dans ce cas, l'action n'est pas engagée volontairement, à moins d'une tentative de meurtre !). En revanche, frapper à la porte d'une salle est une action sociale car elle met en relation deux personnes et l'action a u sens pour chacun des interactants.

    ► Qu'est ce qui a un sens ? Tout ce qui est volontaire et qui est compréhensible par celui qui le reçoit et le produit.

          ► qu'est ce qui pousse les individus à agir ?  La motivation individuelle.

    Ces motivations peuvent être appréhender en quatre types

    action affective (émotion)
    action traditionnelle (habitudes, coutumes)
    action rationnelle en valeur (convictions, valeurs)
    action rationnelle en finalité (agir dans un but fixé par avance)

    De ce fait, le comportement humain devient compréhensible à partir de ces 4 grands types motivations. Ces comportements entrent en interaction les uns avec les autres contribuant à définir le champ de l'activité sociale.

    ► Le travail du sociologue est donc de chercher à comprendre ce qui motive les individus à passer à l'action. Il faut donc plonger au cœur des individualités. L'apport de la psychologie peut être nécessaire. On part de l'individu, on dégage un idéal-type de comportement d'action, on peut ainsi comprendre l'activité sociale.

    <o:p> </o:p>

    ■ Exemple : je joue au rugby

    Activité sociale qui me met en confrontation/coopération avec d'autres

    Cette activité a un sens pour moi, ce sens c'est ce qui me motive à agir/jouer :

    Plusieurs types de motivations :

    plaisir, loisirs : action affective
    comme papa, comme tout ceux de ma famille qui y jouaient : action traditionnelle.
    pour aller au bout de soi-même, l'esprit d'équipe, la solidarité, l'effort, l'abnégation, etc : action en valeurs
    pour gagner beaucoup d'argent, pour être célèbre : action rationnelle en finalité.
    <o:p> </o:p>Parfois, les motivations sont multiples, elles se recouvrent, elles peuvent aussi s'opposer.
    ► On peut faire du rugby parce qu'on se fait plaisir et en même temps chercher à gagner beaucoup d'argent en acceptant des offres de club. On mettra en avant le plaisir car il existe même s'il n'est pas seul dans la motivation.
    ► Elles peuvent aussi s'opposer : on peut faire du sport en ayant des valeurs éthiques (se faire mal, esprit d'équipe). Mais on peut préférer l'appât du gain et de la victoire et utiliser des produits dopants pour gagner. Tout dépend de la motivation à la base, de ce qui détermine l'action sociale.
    Pour Weber, c'est l'action rationnelle en finalité qui prime dans nos sociétés modernes.
    <o:p> </o:p>

    Pour l'auteur, il faut donc partir du vécu des individus, des acteurs pour saisir les phénomènes sociaux, pour comprendre l'activité sociale. A l'inverse de Durkheim, on part de l'individuel pour expliquer le social. C'est ce qu'on appelle une sociologie compréhensive, car on cherche avant tout à comprendre les motivations individuelles afin de pouvoir expliquer un phénomène social  (c'est ainsi que procède Weber[1] dans son analyse de l'essor du capitalisme en occident).

    <o:p> </o:p>II.               Une sociologie compréhensive
    <o:p> </o:p>

    Ainsi défini l'objet de la sociologie, on se rend compte de l'impossibilité pour le sociologue de saisir l'entièreté du réel. Son domaine d'étude est infini. Il existe une infinité d'actions sociales au sein de la société. Il est donc impossible d'expliquer la totalité des phénomènes et a fortiori d'en tirer des lois universelles.

    De plus, la sociologie est différente des sciences de la nature sur un point important. S'il est facile de reproduire en laboratoire des phénomènes naturels qui se répètent, il est alors facile de mettre en équation des rapports de causalités précis et définis, et à l'aide d'un modèle mathématique, d'en tirer des lois universelles. En revanche pour ce qui est des sciences sociales, celles-ci étudient des phénomènes qui dépendent des intentions et du bon vouloir des individus. Il est impossible d'appliquer la méthode propre aux sciences de la nature aux sciences de l'homme. Il va à l'encontre de la méthodologie durkheimienne. Il faut donc s'interroger sur les motivations, sur les raisons qui poussent les individus à agir de telle manière plutôt qu'une autre, sur ce qui fonde la légitimité de leur motivation avant de chercher à nouer des causalités. Il n'existe pas pour Weber de vérité sociologique en dehors du domaine où elle a été mise en évidence (on ne peut la reproduire en laboratoire). Il n'y a donc pas de lois sociologiques générales comme il peut y en avoir dans les sciences de la nature et comme cherche à le découvrir Durkheim.

    <o:p> </o:p>

    Etudier des faits sociaux consiste donc pour Weber à comprendre l'intentionnalité des acteurs, les motivations de leurs actions. C'est ce qu'on appelle une sociologie compréhensive, en ce sens que le sociologue tente de comprendre les motivations de l'action sociale. Certaines formes de relation sociale sont facilement compréhensibles telles que les relations de politesse car ici la relation entre les intentions et les actes est explicite. (à l'intention d'être aimable répond l'action d'être poli). La relation sociale est comprise comme la relation qui unit l'intention à l'acte.

    Il en existe de plus complexes, notamment celles que Weber étudiera plus en détail dans un de ses ouvrages qui sont celles du développement du capitalisme.

    <o:p> </o:p>

    Pour Weber, si le capitalisme a pu se développer en Europe, c'est au sein de la morale religieuse qu'il faut trouver ses fondements. Le social ne procède donc pas seulement du social contrairement à Durkheim. Les changements sociaux proviennent des transformations culturelles, religieuses, économiques, etc. tout autant. C'est la morale protestante (calviniste surtout) qui en autorisant l'enrichissement personnel et l'investissement ont permis de faire naître le capitalisme. En effet, pour les protestants, le travail assure le salut de l'âme tandis que l'oisiveté est un péché. La morale protestante ne considère plus comme contraire à Dieu le fait de s'enrichir et d'investir son argent. Les valeurs religieuses sont donc au coeur du changement social pour Weber.  Ce qui a permis l'activité sociale qu'est le capitalisme, ce sont les valeurs nouvelles défendues par la religion protestante, ce qui aura pour but de motiver les individus à investir.



    [1] L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Plon, 1995.



  • Commentaires

    2
    ali
    Lundi 21 Décembre 2009 à 03:11
    le present article
    grace a cet article je comprends beaucoup mieux la sociologie de weber ,merci encore
    1
    Jeyx
    Vendredi 5 Décembre 2008 à 10:39
    Weber
    Très bien fait, je suis en plein dans l'étude de Weber en ce moment et cet article tombe à pique surtout qu'il est très pertinent :)
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