• le Capital chez Marx

     Aujourd'hui, je livre un court billet sur le concept de Capital suivant l'analyse marxiste. tous les extraits qui suivent sont tirés des Manuscrits de 1844.

    Le capital c'est « la propriété privée des produits du travail d'autrui ». En effet, les moyens de production dont disposent les capitalistes résultent au préalable du travail fourni pour les créer (machines, équipements). La propriété privée des moyens de production est donc synonyme de propriété privée du travail d'autrui.

    Marx récuse les idées de Smith selon lesquelles les intérêts de chacun serviraient les intérêts de tous. La main invisible est une tromperie. D'ailleurs, il cite Smith lui-même, contredisant sa propre thèse : « l'intérêt du marchand est toujours d'agrandir le marché et de restreindre la concurrence des vendeurs. C'est là une classe de gens dont l'intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l'intérêt de la société, et qui ont, en général, intérêt à tromper le public et à le surcharger » (Smith, p. 165.)

    On pourrait néanmoins remarquer qu'aujourd'hui l'intérêt du marchand concorde avec l'intérêt de la société, au niveau de l'idéologie dominante. La sphère publique s'est saisie des catégories de l'économie pour rendre compte des situations et des modalités de réformes à accomplir. Désormais, le politique et le social usent des arguments sémantiques de l'économie. L'économie s'est insinuée dans le domaine public : on parle de travailler le dimanche, et on « vend » cela comme une liberté donnée à l'homme. Assurément, sans doute, à la condition jamais tout à fait explicitement avouée, de considérer le travail rémunéré comme la finalité et le moyen de toute vie humaine. Est-ce une liberté quand il s'agit d'un choix offert de gagner plus : même dans l'hypothèse où le salarié est libre de choisir de travailler ou pas (hypothèse la plus optimiste), le fait-il par humanisme, selon un principe moral ou par nécessité financière, selon un principe consumériste? Autrement dit, le consumérisme est-il un humanisme? J'ai tendance à ne pas le penser...


    Le capital correspond donc à la partie du profit qui ne va pas au salaire. L'accumulation du capital c'est en fait l'accumulation de la plus-value, c'est-à-dire de la spoliation du travail : le capital est un vol. il est le vol du travail d'autrui. Mais c'est un vol légitime, autorisé et permis par la propriété privée.

    Dans le cadre d'une analyse économique classique (et Marx à ce titre est à ranger dans la catégorie des classiques comme Smith ou Ricardo, car il fait du travail le prix de la valeur d'échange des biens), Marx démontre que le profit est toujours exploitation du travail. En effet, si l'objet échangé se vend en fonction du coût de sa production, le profit provient directement de la moins-value attribuée au travail, puisque le prix du capital (matières premières, terres, machines) est rétribué à hauteur de ce qu'il produit. Faire de la valeur-travail le prix de l'échange c'est reconnaître implicitement que tout profit est une spoliation du travail de l'ouvrier.

    C'est pourquoi les classiques perdirent le combat suite à Marx et que les néo-classiques changèrent radicalement leur approche de la valeur des marchandises. Pour les néo-classiques désormais, la valeur d'échange d'un bien correspondra à sa valeur d'usage, et plus précisément à sa valeur d'utilité marginale, c'est-à-dire celle de la dernière unité du bien consommé.

    Si vous avez une voiture, sa valeur d'usage est très importante ; si vous en avez une seconde, elle reste importante mais moins que la première, etc. Donc, la valeur d'un bien est lié à son utilité marginale. Ainsi, on dépasse l'analyse classique de la valeur-travail et on supprime avec la critique marxiste de la spoliation du travail. Ce n'est pas dans l'acte productif que se fixe le prix et la valeur d'un bien mais dans l'acte de consommation, dans son usage pour le consommateur.

    Marx peut désormais reposer en paix ; l'économie politique, se racheter une conduite ! Et la mathématisation des néo-classiques (aussi appelé marginalistes) va achever le travail en scientificisant le discours et l'abstraire du réel.


    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Lundi 22 Décembre 2008 à 20:02
    mouais
    Je reste toutefois perplexe. L'utilité marginale est un concept intéressant, mais cette approche fait une abstraction totale du travail. A croire que les consommateurs ne sont pas des travailleurs...
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :