• L'affaiblissement du lien social

     

    Après nous être intéressé à la question de la socialisation, en tentant d'approcher une définition du concept, il semble logique d'orienter l'attention vers ce qu'on appelle depuis Durkheim les instances d'intégration, ces "agents de socialisation" que constituent entre autres l'école, le travail, la famille, la religion, les groupes de pairs, etc. Mais avant de se pencher plus précisément sur les grandes évolutions qui ont touché ces diférentes sphères d'intégration sociale depuis l'époque moderne, il convient de résumer brièvement celles-ci afin de comprendre la crise du lien social que semblent connaître nos sociétés contemporaines. D'ailleurs, peut-on réellement parler de crise (ce qui sous-entend qu'il y ait eu un âge d'or)? Le mode de solidarité organique sur lequel se sont fondés les sociétés modernes est-il en train de s'affaiblir, voire de disparaître?

    Introduction


    La cohésion sociale est-elle menacée ? La remise en cause de la légitimité de certaines institutions entraînent une baisse de la conscience collective, une moindre adhésion à des valeurs communes (exemples : famille, Eglise, syndicats). Les individus sont moins maintenus ensemble autour de ces repères institutionnels aujourd'hui remis en cause.
    On a vu que la socialisation était une étape essentielle de la construction identitaire de l'individu social mais elle est aussi garante de l'être-ensemble par l'apprentissage de règles et de valeur communes. Le lien social est donc une force à deux volets :
    -         l'édification d'une identité sociale et individuelle (distinction)
    -         l'apprentissage des normes collectives, des valeurs du groupe (conformisme)
    Ces deux faces complémentaires de la socialisation s'effectue tout au long de la vie et passent par des instances de socialisation : On en relève plusieurs d'essentielles :
    - la famille - l'école - le travail ( les syndicats) - dans une moindre mesure aujourd'hui, malgré un regain depuis quelques années (ré-enchantement du monde) : la religion


    I - La famille 


    A - Constatations : la famille se transforme


     Ce sont les formes traditionnelles de la famille qui sont remises en cause aujourd'hui. Des formes nouvelles apparaissent : la famille n'est plus un modèle unique. Facteurs de cette évolution :
    ·        baisse de la fécondité
    ·        hausse du taux de divorce (39%)
    ·        nombre de mariages
    ·        hausse du nombre de familles mono-parentales
    ·        hausse du nombre de familles recomposées
    ·        développement de l'union libre
    ·        hausse du célibat
    ·        hausse du nombre de couples homosexuels (avec ou sans enfants)
    ·        hausse des naissances hors-mariage (40%)
    On peut aujourd'hui parler d'éclatement du modèle unique de la famille même si la famille nucléaire reste encore le modèle le plus répandu.
     

    B - Les causes de cette évolution


    ·        hausse du taux d'activité des femmes : 80% des femmes entre 25 et 49 ans travaillent.
    ·        importance du statut professionnel, du choix de la carrière (conséquences sur le divorce et l'indice de fécondité), hausse de la durée des études.
    ·        émancipation des femmes et évolutions des mentalités. Les rôles masculins et féminins évoluent et se rapprochent. L'homme n'est plus le seul à assurer le financement de la famille.
    ·        urbanisation : anonymat plus important. La famille se transforme beaucoup plus : moindre importance du contrôle social informel.
    ·        individualisme
    ·        hédonisme
    ·        baisse de l'influence de la religion
    ·        planification des naissances
    ·        hausse de l'espérance de vie
    ·        âge du mariage plus tardif
    ·        développement du chômage et de la précarité
    ·        PACS


    C - La famille reste toujours un important agent de socialisation et demeure une source de solidarité


    La famille transmet des valeurs et des normes, produit un lien social et assure la cohésion sociale. Elle reste toujours présente dans la vie quotidienne même si elle connaît des changements et des formes multiples. Il existe toujours une solidarité familiale inter-générationnelle : aide en nature ou matérielle, support moral. La génération intermédiaire - les parents - est très sollicitée : importance du cocooning : plus de 50% des 20-24 ans vivent chez leurs parents. La famille permet l'identification de chacun grâce à ses références familiales.
    La solidarité familiale tend a s'accentuer aussi avec le chômage : la famille joue un rôle actif face à l'exclusion, c'est un refuge. Le lien familial peut être essentiel pour empêcher l'exclusion : malgré son éclatement, la famille retrouve ses vertus protectrices. Elle agit là où la protection sociale se révèle insuffisante. La famille est un facteur d'intégration sociale : elle protège contre les risques d'exclusion.


    Conclusion
    Plutôt que de parler de crise de l'institution familiale, il faudrait parler de mutations de la famille. Il existe un risque d'anomie temporaire : on peut parler de perte d'influence de la famille traditionnelle (mais cette influence était aussi une influence moins démocratique : les enfants avaient moins de choix) mais cela ne veut pas dire une rupture des liens entre les membres de la famille. On peut parler de l'épanouissement des familles recomposées. Aujourd'hui, les liens sont moins imposés - les rapports entre les individus sont marqués par le choix - et augmentent la liberté des individus. La fonction d'intégration sociale de la famille n'est pas remise en cause même si ce rôle d'intégration est différent et que son fonctionnement n'est plus le même. L'attachement des individus à l'institution familiale reste intact malgré un environnement social instable. La mutation des familles, l'éclatement du modèle unique, donne le sentiment que la famille est en crise, que les enfants sont en perte de repères. Mais cette impression doit être contrecarrée par la plus grande dimension démocratique que revêt l'institution familiale.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p> → Démocratie dans la relation homme/femme

    → Démocratie dans les relations parents/enfants

    Certes, comparativement à autrefois, la famille tient moins sous son joug ses enfants, mais à contrario, ces derniers disposent de davantage de liberté, multiplient les sphères sociales d'activités. Le gain en liberté s'accompagne toujours d'une perte en sécurité, au moins d'une certaine forme de sécurité plus subjective que fondée.

    II - La religion


     A - Quel était son rôle ?


    La religion (cf. latin religare : relier) peut relier les individus entre eux et contribuer à la cohésion sociale : elle crée des liens sociaux. Les mêmes normes et valeurs orientent le comportement des individus (soumission). Les croyances religieuses constituent un élément de la conscience collective : solidarité mécanique. La religion était au coeur de la vie collective et des existences individuelles. Tout événement local avait une dimension religieuse (ex : les pardons en Bretagne). Le curé était une personnalité majeure disposant d'un pouvoir et d'une légitimité charismatique importants (Weber).


    B - Evolution et constatations


    Le taux de pratique religieuse dépend de l'âge. Un français sur quatre affirme ne pas avoir d'appartenance religieuse. On assiste à une baisse des vocations et à une remise en cause des conduites prônées par le Pape. Le religion a perdu de sa puissance. Elle n'est plus pour l'essentiel une soruce de références des conduites à tenir en collectivité. Cependant, depuis quelques années, on constate son retour en force. Face à la perte du sens et l'avènement de la rationalisation du monde (Weber), les individus sont à nouveau en quête de sens à leur existence. La religion est plus polymorphique qu'autrefois, plus individualisée.


    C - La fonction de la religion aujourd'hui


    Même si le taux de pratique religieuse a baissé, la religion demeure un point d'attache historique et un héritage familial à transmettre : les identités mémoires. La religion est une référence identitaire dûe à une culture religieuse. Les 4 rites (ou 4 saisons de la vie) sont toujours importants : le baptême, la communion, le mariage, les obsèques. Ces rites marquent symboliquement les événements clés et tissent des liens entre les générations.

     On assiste aujourd'hui à la montée de croyances parallèles (voyance, astrologie, transmission de pensée...). Le catholicisme n'est plus globalisant mais en pièces détachées : on prend désormais ce qui nous convient. La religion n'est plus apte à prescrire des normes de conduite : les individus s'autonomisent. La religion, comme la famille, l'Etat se désinstitutionnalise pour s'individualiser. Décentralisation du modèle religieux et fragmentation multiple des croyances.

    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>III - Le travail et l'intégration sociale


     Le travail est source de richesses pour Adam Smith. Le lien social est essentiellement marchand. Pour Marx, le travail est source d'aliénation. Pour Durkheim, le travail est le déterminant du lien social à cause de leur complémentarité. Pour Weber, le travail s'est développé comme une volonté de Dieu (protestantisme).


    A - La place du travail 


    Le capitalisme s'est accompagné d'une organisation de la société autour de la notion de travail. Notre société valorise le travail. C'est un moyen d'avoir le sentiment d'une utilité sociale (objectifs collectifs). Le travail est un moyen de se positionner socialement : il est vecteur d'identité et de statut social. C'est un moyen de posséder un revenu qui permettra d'assurer et de conserver son indépendance. Le travail permet aussi de consommer et assure un réseau de sociabilité (collègues, amis...).
    Par contre, l'absence de travail est dévalorisée socialement parce que l'absence de revenus condamne l'individu à être dépendant de la redistribution collective, ce qui induit une perte de liberté individuelle (position d'assisté) et du contrôle social. Le chômeur est stigmatisé.


    B - L'entreprise sélective


    Les entreprises sont de plus en plus sélectives : elles recherchent l'excellence et embauchent à un niveau plus élevé que par le passé. On devient vieux professionnellement de plus en plus tôt. La conséquence est le processus d'exclusion des non-qualifiés et des chômeurs de longue durée (pertes des repères professionnels et sociaux) : ils deviennent de moins en moins employables et de plus en plus exclus.


    C - Le travail intègre ceux qui sont déjà intégrés : les effets de la tertiarisation


    Le travail devient de plus en plus immatériel et relationnel. Les compétences sont de plus en plus sociales. La qualification sociale est aussi très importante aujourd'hui : le savoir-être importe plus que le savoir-faire. Cette compétence dépend de ce qui est vécu en dehors du travail : l'expérience familiale, la qualité de vie relationnelle, les associations, les activités culturelles et politiques.


    D - Les risques de fragilité


    Constatations
    ·        les actifs occupés peuvent présenter des signes de fragilité car le travail est de moins en moins à même de conférer un statut durable.
    ·        le travail perd de son efficacité en temps que facteur d'intégration sociale
    ·        flexibilité du travail : emplois précaires : pas d'intégration
    ·        mutations
    ·        perte de confiance
    ·        concurrence
    ·        peur du licenciement
    ·        individualisme


    Conséquences
    Tout cela détruit le collectif du travailleur et les préoccupations individuelles prédominent au détriment des intérêts communs. L'individualisme a gagné la sphère professionnelle.
    Conclusion : il devient difficile (utopique ?) aujourd'hui d'envisager une réelle solidarité.


    E - Le travail est-il le seul facteur d'intégration ? 


    Toute forme d'intégration sociale ne passe pas forcément par le travail. Beaucoup d'associations donnent aux individus la possibilité de s'intégrer, d'occuper une place sociale valorisée (associations d'étudiants, chômeurs, 3ème âge...).


    Conclusion
    La travail facilite certainement l'intégration sociale mais il génère de moins en moins de cohésion sociale à cause des mutations de l'appareil productif. Il existe aussi aujourd'hui un moindre sentiment de partager des intérêts communs. Le temps de travail baisse, les individus développent donc des activités en dehors de leur travail mais rien n'indique que l'on sorte de cette civilisation du travail. On peut donc parler de crise d'intégration par le travail.

  • Commentaires

    3
    beber
    Samedi 6 Octobre 2007 à 15:09
    merci
    merci grace a vous je vais pouvoir faire mon travail de SES.sur le lien social que crée le travail
    2
    Mercredi 3 Octobre 2007 à 20:21
    non ?
    C'est un support de cours, non ? Donc, pas forcément des plus excitant, non ?
    1
    tschok
    Lundi 1er Octobre 2007 à 15:49
    Youpi!
    je vois que le genre littéraire du post chiant n'est pas mort. Ouf!
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