• Culture et cultures

     

    Le billet suivant intervient dans le cadre d'une tentative de définition des principaux  concepts essentiels de la sociologie. nous présenterons aujourd'hui le concept de "culture". Suiveront prochainement ceux de  Socialisation ; Insertion ; Exclusion ; Intégration notamment.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p> <o:p>L'extrait suivant tente de donner une définition synthétique de la notion de culture, dans ses différentes significations (individuelle, collective, humaine). Loin d'être complète, elle est à considérer comme une introduction au concept qui demande à être étayer et complétée.</o:p>
    <o:p> </o:p>    « Culture : fausse évidence, mot qui semble un, stable, ferme, alors que c'est le mot piège, creux, somnifère, miné, double, traître. Mot mythe qui prétend porter en lui un grand salut : vérité, sagesse, bien-vivre, liberté, créativité... Mais dira t-on, ce mot est aussi scientifique. N'y a-t-il pas une anthropologie culturelle ? Et, dit-on une sociologie de la culture »                Edgar Morin (Sociologie, 1984, Seuil, 1994, p. 156)<o:p> </o:p>

    Le terme de culture est polysémique, il regroupe une diversité de définitions larges et relativement protéiformes. En effet, la notion de culture recouvre un ensemble disparate de réalités. On parle aussi bien de culture au sujet d'une population, d'une société et de l'ensemble des individus qui la compose, que d'une culture relative à un groupe social donné, déterminé dans le temps et l'espace. On parle par exemple de culture « punk », « pop », culture juvénile, etc., liés par des pratiques culturelles spécifiques (culinaires, vestimentaires, musicales, littéraires, ...) En outre, une autre définition doit être ajoutée qui est celle qui renvoie à la culture au sens de tout ce qui n'est pas naturel. En ce sens, on distingue l'ensemble des caractères acquis des caractères innés. La culture correspond ici au fondement même de l'idée d'humanité. Dans ce troisième cas de figure, la culture est employée pour décrire ce qui fait la spécificité de l'humain. Claude Lévi-Strauss fait de la prohibition de l'inceste (mais aussi de l'obligation de l'union exogame et de la différenciation sexuelle) le fondement de la culture humaine.

    On a donc trois approches différentes pour un même terme :

    -        approche anthropologique : culture relative à un peuple, à une communauté nationale, ethnique.

    -        Approche sociologique : culture d'un groupe particulier (jeunes, culture « pop », etc.) et pratiques culturelles qui les accompagnent (culture populaire contre culture dominante)

    -        approche paléo-anthropologique : culture comme acte fondateur du passage de l'état de nature à celui de culture humaine.

    <o:p> </o:p> En général, on peut regrouper la polysémie du terme en deux grandes catégories de définitions. Soit une définition restreinte (sociologique), qui entend culture au sens de valeurs, de représentations symboliques, sociales d'un groupe particulier, qui se définit au travers de cette culture et qui se transmet de génération en génération. Soit une définition large (anthropologique), qui entend culture au sens de coutumes, valeurs, idées, langues, croyances particulières certes, mais aussi au sens de l'organisation de l'environnement total de l'homme (matériel, idéel, économique, politique, religieux, écologique, etc), organisation qui va réguler les comportements des individus entre eux au sein de leurs rapports sociaux.<o:p> </o:p>

    La culture c'est avant tout du symbolique. La culture c'est ce qui permet de faire lien entre les individus, c'est ce qui permet également de donner du sens au monde qui nous entoure. Une culture repose sur du symbolique (ce qui lie et fait sens).

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    ■ Au niveau anthropologique

    Entendue comme système de cohérence de la vie en commun, l'anthropologie a permis de rompre avec les idées évolutionnistes qui faisaient de la culture un processus évolutif et hiérarchisé. Il existe des cultures différentes, mais il n'y a pas de hiérarchies culturelles. De la même manière, il n'y a pas d'universalisme culturel mais un relativisme des cultures.

    L'ethnocentrisme consiste justement à laisser penser que les pratiques symboliques des cultures autres que les nôtres sont des cultures simples, voire simplistes. Or, les travaux ont permis de montrer que les cultures éloignées des nôtres reposent sur les mêmes schèmes opérateurs, et sont organisés par des systèmes de sens tout aussi complexe que les nôtres.

    Le premier anthropologue à avoir donné une définition de la notion de culture est Edward Burnett Tylor (1832-1917), dans Primitive Culture, 1871. La culture est définie comme un « ensemble des connaissances, croyances, rites, normes, valeurs, modèles de comportements des individus au sein d'une société donnée. » Il ajoute que le mot « culture, pris dans son sens ethnographique large, est ce tout complexe qui comprend la connaissance, la croyance, l'art, la morale, le droit, la coutume et toutes les autres capacités et habitudes acquises par l'homme en tant que membre de la société. »

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    ► Il n'y a donc pas des stades culturels successifs, mais un ensemble de cultures diversifiées. La définition de Tylor rejette toute hiérarchisation et accorde une égale légitimité aux multiples cultures. La plupart des anthropologues se rangeront à cette approche relativiste de la culture.

    Ralph Linton, dans Le fondement culturel de la personnalité, 1945 en donnera la définition suivante : «  [le terme de culture] se rapporte au mode de vie global d'une société, et non pas seulement au mode de vie particulier que cette société considère comme supérieur ou plus désirable. Si par exemple, on applique le mot à notre mode de vie, la culture n'a rien à voir avec le fait de jouer du piano ou de lire du Robert Browning. Pour les sciences humaines, de telles activités ne sont que des éléments de la culture considérée comme une totalité. Cette totalité comprend aussi bien d'humbles occupations comme faire la vaisselle ou conduire une automobile (...). Il n'y a pas de société, ni même d'individu « inculte ». Toutes les sociétés ont une culture, aussi simple qu'elle puisse paraître, et tous les êtres humains sont « culturés », en ce sens où ils participent toujours à quelque culture. »

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    ■ Au niveau sociologique

    En revanche, la sociologie qui s'intéresse aux rapports sociaux de classes va considérer le terme de culture sous un aspect plus idéologique et conflictuel. Elle opposera une culture populaire à une culture savante, une culture dominée à une culture dominante, sur la base des analyses marxistes. La culture populaire est alors entendue comme un sous-produit de la culture dominante (bourgeoise), culture non aboutie, inférieure et dominée. Sous la question culturelle, c'est la question sociale qui prime. Bourdieu a notamment travaillé sur cette question des inégalités culturelles en montrant l'opposition idéologique qui était établie entre la culture légitime (culture des classes dominantes) et la culture vulgaire, ou populaire (celle des classes dominées). Les individus disposent d'un volume de capital culturel différent, et ce capital différent va être hiérarchisé, certaines pratiques culturelles (loisirs, consommation, etc.) seront idéologiquement considérées comme supérieures à d'autres.  Cette hiérarchisation culturelle relève des conflits sociaux de classes et de la domination sociale.

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    Pour simplifier, en sociologie, il est préférable de parler de pratiques culturelles et on différenciera les pratiques « nobles », légitimes des pratiques populaires plus « vulgaires », en sachant que derrière cette classification, ce sont des enjeux de lutte et de pouvoir pour la domination qui entrent en jeu. On pourra aussi parler d'une culture populaire au travers d'un système de reproduction sociale par héritage de capital. Les enfants héritent du capital culturel (et des autres) de leurs parents, et l'habitus fait le reste selon l'approche structuraliste de Bourdieu.

    <o:p> </o:p>En anthropologie, le terme de culture renvoie davantage à la notion de modèles culturels propres à une société, un groupe d'individus, c'est-à-dire un ensemble de manière d'être, de penser, et d'agir, bref, de vivre d'une population donnée, organisée autour de codes, valeurs, droits, coutumes, traditions, croyances, inscrits dans un système symbolique cohérent qui fait sens pour l'ensemble de la communauté et qui lui assure une certaine unité.
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    - P. Bourdieu, La Reproduction, Paris, Ed. de Minuit, 1970.

    - Philippe Coulangeon, Sociologie des pratiques culturelles, Paris, La découverte, coll. « Repères » 2005.

    - Olivier Donnat, Les français face à la culture. De l'exclusion à l'éclectisme, Paris, La Découverte, Coll. Sociologie, 1994

    - C. Lévi-Strauss, La pensée sauvage, Paris, Plon, 1962.

    - R. Hoggard, La culture du pauvre, Paris, Ed. de Minuit, 1970.

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