• 5 000 000 000

     

    5 milliards d'euros ! C'est la somme colossale, faramineuse, dithyrambique qu'un homme, Un Seul apparemment (les majuscules ne sont pas de trop), a réussi à faire disparaître des comptes de la Société générale. Disparus, liquéfiés, envolés, Pff !

    5 milliards. En chiffre, l'impression visuelle est plus frappante : 5 000 000 000 ! Que de zéros. Mais au fait, combien cela fait 5 milliards ?

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    5 000 000 000 d'euros, c'est par exemple, nous dit Libération dans son article du 24 janvier, de quoi financer 5 plans banlieues (autrement plus nécessaire au lien social) ; c'est également presque de quoi financer deux nouveaux porte-avions rutilants (pour assurer la défense européenne) ; mais c'est aussi l'équivalent de 50 ans de Téléthon (et quelques milliers de vie qui espèrent) ; de 21 000 salaires de Nicolas Sarkozy (qui pourtant s'est récemment augmenté). Bref, les chiffres fournis par Libé parlent d'eux-mêmes.

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    Mais 5 milliards, c'est aussi plus du tiers du trou de la Sécu (et l'assurance maladie qui est sauvée). 5 milliards, c'est largement plus qu'il n'en faut pour redonner du pouvoir d'achat aux fonctionnaires. A l'ensemble des citoyens français, même. Oui, si l'on décidait de distribuer harmonieusement ces cinq milliards à l'ensemble de la population française, chacun recevrait environ 83€ sur son compte ! C'est plus que l'augmentation du Smic, du Rmi et de l'allocation veuvage réunie et pourtant celle-ci ne concerne pas tout le monde.

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    Mais surtout 5 milliards, pour que chacun arrive à se représenter à peu près ce que cela fait, il faut le comparer à des grandeurs qui nous sont proches, qui sont celles de la plupart des travailleurs en France. Cela correspond à 5 millions de Smic !

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    Sans vouloir être démagogue (un peu quand même, parce qu'il est de ces situations où il ne suffit pas de réagir raisonnablement, mais où il est inenvisageable de ne pas réagir émotionnellement), 5 000 000 de Smic, cela même ne parle pas tant les chiffres sont exceptionnels.

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    Prenons un individu lambda qui est proche de la retraite et qui a commencé à travailler vers 14 ans, en ayant un salaire maintenu au niveau du Smic, comme beaucoup des ouvriers de l'âge de nos parents. Une vie de travail (professionnel, j'entends) correspond aujourd'hui à 41 annuités de cotisations sociales avant de pouvoir profiter de sa retraite. L'individu qui toute sa vie aura gagné le Smic (en valeur actuelle, soit 1005€ net/mois) aura en tout et pour tout reçu un salaire s'élevant à 494 860 € au bout de 41 ans de travail. (arrondissons à 500 000).

    Pour atteindre ces 5 milliards réduits à néant en quelques secondes, il aurait fallu qu'il travaille dix mille fois plus longtemps, autrement dit si Dieu (mais il n'a rien à faire là-dedans) lui donnait vie jusque là, ce pauvre homme pourrait espérer réussir à concevoir ce que font 5 milliards d'euros à condition d'avoir travaillé pendant 410 000 ans sans s'arrêter ! Ce qui ramène notre homme à une époque bien antérieure à l'écriture, au commerce et au travail ! La société agricole n'existait pas encore à ces époques lointaines.  410 000 ans de labeur au Smic envolé en un clic et cela n'est rien nous dit-on ! Mais de qui se moque-t-on ? financièrement rien, mais moralement tout !

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    On commence à mesurer un peu mieux l'ampleur du déficit, et avec lui l'ampleur du scandale. A défaut de vivre 410 000 ans, il conviendrait peut-être mieux de dire que ces 5 milliards sont l' équivalent de 10 000 vies de salariés passées au Smic à travailler dans des conditions parfois pénibles pour assurer un avenir meilleur à ses enfants !

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    Mais peut-être suis-je trop naïf, trop idéaliste. Après tout 5 milliards, pour la finance mondiale c'est bien peu. Pour des Etats comme la France, comme les USA, etc., c'est une somme ridicule (d'après nos ministres). Et puis, ces 5 milliards de toute façon, s'ils n'avaient pas été perdus, détruits, volatilisés, (dématérialisés en un clic de souris), ils n'auraient en aucune manière été affectés aux revenus des ménages français, n'auraient pas été généreusement offert aux 3 millions de chômeurs (chiffre large, mais plus réaliste qui auraient contribué à relever leur pouvoir d'achat respectif de plus de 1600€ chacun !), mais seraient restés au profit de la Société Générale.

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    Car le plus scandaleux dans cette histoire, ce n'est pas autant la perte de ces 5 000 000 d'euros (sur le plan moral, si !) que le fait que la Société Générale ose avouer que cette perte ne l'affectera pas outre mesure. Mais alors, dans ce cas, si 5 milliards de perte de profit ne fait pas le malheur de la SocGen, pourquoi ne pas taxer les profits des entreprises du Cac40 pour mieux les réinvestir dans l'emploi, dans des politiques publiques, sociales, pour financer les dépenses de protection sociale, pour réduire la pauvreté, faciliter l'accès au logement, etc.

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    Je ne prétends pas vouloir taxer 5 milliards (pas de « 100%, je prends tout »), juste quelques « misérables » millions afin que leur utilisation soit efficace, qu'elle serve véritablement les intérêts des particuliers, des ménages, des familles.

    Mais j'entends déjà fondre les sirènes hurlantes de l'atavisme révolutionnaire dont on me pourfendra. Le monde doit s'adapter à son époque, Marx est dépassé, Besancenot est utopiste. Peut-être, oui. Peut-être que l'idée est trop simple, voire simpliste même. Mais nous semblons oublier trop vite un détail essentiel de cette rhétorique libérale : si le monde doit s'adapter à son époque, celle-ci n'existe pas sans les hommes qui la font. Ce sont avant tout des choix politiques qui ont conduit à l'état actuel des choses et de l'avancée du monde.

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    Une dernière chose : un petit truc en fait. Un conseil que je vous donne. Quand les chiffres sont aussi élevés, j'use d'un petit subterfuge bien pratique : je passe de la monnaie à la grandeur temporelle. Chaque euro vaut une seconde. Et là, immédiatement on mesure mieux l'ampleur des chiffres.

    Si 5 milliards d'euros valaient 5 milliards de secondes, de l'heure où je vous parle et où je publie ce billet, c'est-à-dire depuis 17h, ce lundi 28 janvier 2008, et si je remontais le temps à hauteur de ce nombre, nous serions aujourd'hui un certain jour de février 1849, c'est-à-dire quelques mois seulement après la seconde révolution française et le soulèvement populaire qui a conduit à faire abdiquer le Roi et mettre fin à la Monarchie de Juillet pour instaurer la IIème République.

    Ironie de l'histoire, non ? En ces sarkomonarchismes modernes...
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  • Commentaires

    1
    Lundi 28 Janvier 2008 à 19:49
    un paquet de pognon
    C'est clair, ça fait beaucoup. Et dire qu'il y avait 50 milliards de placements "frauduleux". Quel paquet de pognon... Au fait, la proposition de décret sur les RMIstes vient de sortir. C'est enfin la fin des privilèges ! Quelques euros d'économie, mais quel symbole ! Plus de deux siècles après la révolution, nous mettons enfin un terme à cette inégalité injustifiable. Je m'emporte... http://www.collectif-rto.org/spip.php?article613
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